Les femmes et le Covid-19

J’ai demandé à plusieurs femmes de répondre à quelques questions concernant leurs vies de jeunes mamans, futures mamans, ou en désir d’enfant pendant cette période de confinement.
Ce que nous vivons actuellement est historique et peut parfois nous angoisser ou nous stresser.

Désir d’enfant, PMA et Covid-19
Emma 35 ans en essais bébé depuis 3 ans et demi et Marine 24 ans en essais bébé depuis 1 an et demi, nous répondent.
Margaux, maman d’une fille de presque 3 ans et en essais depuis Juillet 2018.

As-tu pu poursuivre ton traitement PMA? Si oui sous quelles conditions ? 
Emma: Étant infirmière aux urgences, j’ai bien compris que les interventions dites “non urgentes” seraient annulées. Je vie en direct
l’évolution de ce sale virus depuis le début . J’essayais de me dire que la PMA ne pouvait pas nous faire ça à moi et à toutes ces femmes dans mon cas.
Marine: Non je n’ai malheureusement pas pu.
Margaux: Je viens de faire une grossesse extra-utérine et j’avais refusé exprès les médicaments pour pouvoir repartir sur une FIV, mais je n’ai toujours pas eu mon retour de règles depuis la perte de mon bébé et c’était l’une des conditions pour enchainer.

Si on t’a annoncé que les traitements étaient annulés, comment te l’a t-on annoncé ? A quel stade de l’épidémie ? 
Emma: Appel de la sage-femme 2 jours avant le commencement du protocole pour me signaler la fermeture de la PMA. 
Marine: Le lendemain de la première allocution de Macron le vendredi 13 mars j’ai reçu un appel de l’infirmière du centre de PMA disant de ne plus faire les injections, que le contrôle était annulé et de rappeler aux prochaines règles.
Margaux: Je suis allée faire un contrôle post-opératoire et la médecin m’a dit qu’ils stoppaient toutes les PMA à part celles en cours.

Qu’as tu ressenti ?
Emma:Enorme tristesse, fatigue psychologique professionnelle énorme et maintenant je me demande comment va-t-on gérer tout cela. Est-ce qu’ un jour je vais avoir ce ventre rond …
Marine: J’ai été d’abord déçue puis dévastée. J’ai beaucoup pleuré. 
Margaux: Je suis extrêmement angoissée, je le prends comme une punition, on attend depuis tellement longtemps. Me dire que je n’aurais pas mon bébé avant de long mois me rends très triste.

Comment vois-tu les choses, maintenant ? 
Emma: J’ attends la date présumée de mes règles… Je continue à aller travailler notre service qui est devenu un COVID positif… 3 jours plus tard très mal aux seins, je fais un test positif… Je me demande comment cette fois-ci cela va évoluer et surtout est-ce que cette chance que j’attends depuis longtemps va me tomber dessus.
Marine: Je suis un peu triste et déprimée mais ça va mieux. J’attends. Sainte patience est le maître mot de la PMA.
Margaux: Je suis toujours en colère, mais c’est mon cheminement personnel, je n’ai pas encore fait le deuil de mon bébé. En même temps, je me dis que par miracle je pourrais peut-être tombée enceinte naturellement. Mais la réalité me rattrape vite…

Comment vois-tu l’avenir ?
Emma: Depuis 10 jours les taux HCG sont faibles avec évolution anormale; j’ai eu de petits saignements. On attend la suite.  Je suis aujourd’hui désabusée.
Marine:Avec un enfant. J’y crois même si le rêve est retardé.
Margaux: Avec mon bébé mais je ne peux m’empêcher de stresser de ne pas y arriver.

Est-ce qu’on t’as donné une date pour recommencer ?
Emma: J’ai peu d’ espoir, le plus difficile c’est de ne pas savoir la PMA réouvrira.
Marine: Non pour le moment je n’en ai pas.
Margaux: Malheureusement non et c’est très dur d’être dans l’incertitude.

Future maman et Covid-19
Julie, 26 ans avec déjà une petite fille de bientôt 4 ans. Je suis à 37 semaines d’aménorrhée.

Comment vis-tu le confinement ?
Julie: Moyennement bien car je pensais profiter enfin de m’arrêter de travailler pour me reposer, prendre du temps pour moi, préparer mon accouchement et au lieu de ça, je dois m’occuper d’un enfant à temps plein puisqu’elle ne va plus à l’école pour le moment. C’est très épuisant. 

As-tu peur de sortir ? 
Julie: Je n’avais pas peur de sortir jusqu’au moment où ils ont imposé des restrictions pour les accouchements en cette période particulière. J’ai contacté la maternité qui avait l’air totalement perdue et qui m’a informée que les restrictions pouvaient changer chaque jour et qu’on ne savait pas de quoi demain serait fait. Dès lors je me suis rendue compte à quel point ce virus pouvait m’éloigner de l’accouchement que je souhaitais vivre. De plus, un accouchement à domicile n’est pas possible si on a des symptômes du Covid. 

As-tu peur pour ton bébé ou/et toi?
Julie: D’un point de vue santé je n’ai pas peur pour moi ou pour mon bébé. 

Comment vois-tu l’avenir ? 
Julie: Très sereinement, je ne pense pas que ce soit la fin du monde. C’est une belle expérience de vie et probablement la seule fois où nous pouvons, son père et moi, passer autant de temps avec notre fille. Je sais que ça la rend tellement heureuse. 

Comment se passe tes contrôles de grossesse?
Julie: Je n’ai pas nécessairement de contrôles de grossesse, par choix. Donc pas d’impact particulier. Je continue de voir ma sage femme environ 1 fois par mois pour discuter et préparer mon accouchement. Elle fait également un contrôle urinaire pour vérifier le taux de sucre notamment et elle regarde si mon utérus est bien détendu/équilibré. 

As-tu peur d’accoucher ?
Julie: non du tout ! 

Est ce qu’on t’a déjà parlé de comment aller se passer l’accouchement, tes droits ?
Julie: Oui mais j’avoue qu’en cette période, je n’ai plus tellement conscience de mes droits. J’ai l’impression que la liberté  pour laquelle les femmes se sont battues toutes ces dernières années tant au niveau du fait de reprendre possession de son corps que de prendre ses propres décisions pour son accouchement, dont tombées à l’eau en quelques jours. J’espère que c’est provisoire. 

Comment te prépares-tu à l’accouchement ?
Julie: Je suis Doula donc j’ai un bagage de connaissances. Je n’ai rien fait de particulier hormis tisser des liens avec ma doula, ma sage femme, préparer ma pièce d’accouchement et mon nid pour le postpartum. 

Jeunes mamans et Covid-19
Elsa, 29 ans, 1 enfant (Astrid), 3 mois
Susan, 31 ans (déjà), un enfant d’un an et une belle fille de 8ans.
Rebeca, 34 ans, un garçon de 4 ans 1/2 et un autre de 3 semaines.

Comment vis-tu le confinement ? 
Elsa: J’essaie de ne pas passer trop de temps sur les réseaux sociaux qui sont devenus un peu anxiogènes parfois. J’essaie de voir les côtés positifs, c’est quelque chose que je tente d’appliquer de toute façon, je pense que c’est particulièrement important maintenant. Je profite d’avoir plus de temps avec mon bébé, c’est aussi plus facile avec l’allaitement du coup et cela permet au papa de voir un peu plus sa fille aussi.
Susan: Le confinement demande beaucoup d’adaptation et de créativité pour occuper les enfants et continuer à travailler. Je le vis pas trop mal grâce à mon merveilleux mari qui ne peut plus travailler (il travaille avec les enfants en parascolaire) et qui du coup s’occupe des enfants à plein temps. Il faut savoir qu’en temps normal, je bosse à 100% et mon mari à 80% mais il bosse sur le canton de Vaud. Ces déplacements font qu’il rentre tard et les principales tâches liées aux enfants (les chercher à l’école, nourriture, bains, etc) me reviennent. Raison pour laquelle je parle d’adaptation, ça a beaucoup changé notre quotidien mais on est plus soudé que jamais. 
Rebeca: Moyennement bien. Il y a des jours plus faciles que d’autres. Ce qui me pèse surtout c’est pour mon fils aîné avec qui j’aimerais aller me balader.

Est ce que ça impacte ton quotidien ? 
Elsa: J’ai la chance d’être à 80-90% en home office déjà depuis presque 2 ans donc pour moi cet aspect-là ne change pas trop. Mon compagnon est maintenant en télétravail depuis le début du confinement et je ne suis donc plus seule à la maison. Mon quotidien est de toute façon chamboulé depuis l’arrivée de bébé, ça rajoute un élément mais ça nous permet aussi de prendre plus notre temps pour s’adapter. Nous avions déjà l’habitude de faire les courses seulement 1x par semaine, mais sinon nous sommes plutôt du genre casaniers. Nous avons la chance d’avoir une terrasse où nous pouvons donc sortir et prendre l’air en sécurité.
Susan: Bien évidemment. Je dois toujours bosser à 100% mais depuis 10 jours, un jour sur 2 depuis la maison. Le travail à été très intense, ça fait que quelques jours que le calme revient un peu donc je suis assez crevée… Heureusement que mon mari est à la maison avec les enfants mais c’est pas toujours simple de résister à l’appel du bébé lorsqu’elle gratouille ma porte pour que je sorte jouer avec elle. Je fais confiance à 100% à mon mari mais c’est vrai que j’ai toujours un peu de mal à ne pas pouvoir tout contrôler, je fais de mon mieux pour travailler la dessus. 
Rebeca: Oui et non. Etant en post-partum m’occuper de mon bébé reste une priorité mais elle est chamboulée par le confinement. Je suis parfaitement à l’aise avec mon post-partum et tout ce que ça implique mais émotionnellement, ce qui est dur, c’est ce manque de sérénité dû à cette crise sanitaire. De plus, je dois me rendre à l’hôpital des enfants régulièrement pour des contrôles et je dois compter sur des proches en prenant toutes les précautions pour m’y emmener et ainsi éviter les transports publics.

As-tu peur de sortir ? 
Elsa: Un peu oui, je ne le fais quasiment pas d’ailleurs. J’essaie au maximum d’éviter, pour nous protéger nous mais aussi pour protéger mes voisins. Il y a beaucoup de personnes âgées dans mon lotissement. Je ne suis pas rassurée quand mon homme va faire les courses non plus, mais j’essaie de ne pas me laisser envahir par la peur.
Susan: C’est très étrange car au début j’avais limite plus peur que maintenant. Je m’explique, au début je craignais pour toute ma famille et même mes enfants. Mes déplacements me stressaient mais maintenant qu’il y a moins de monde dehors je fais attention à chaque déplacement et ça va mieux. Je limite au maximum mes sorties mais comme je dois allez travailler (par chance j’y vais à pied), c’est moi qui fais les courses etc.. afin que mon mari ne soit pas exposé comme il reste à la maison avec les enfants. 
Rebeca: Oui

As-tu peur pour ton enfant ou/et toi? 
Elsa: Je n’ai pas spécialement peur pour moi dans le sens où je n’ai pas peur de mourir. Je suis aussi rassurée pour ma fille du fait que j’allaite et que je sais que si jamais je suis malade, je la protège ainsi. Il paraît que mon système immunitaire est aussi boosté pendant l’allaitement, alors ça tombe bien, on a prévu de continuer longtemps 🙂 Je crois que ce qui me ferait le plus peur en étant malade ce serait de devoir être séparée d’elle.
Susan: Bien sûr que j’ai peur, la situation est anxiogène. J’ai surtout peur pour mon mari et moi. Que ferons nos enfants s’il nous arrivait quelque chose ? Pour mes enfants j’essaie de même pas y penser en me disant qu’avec les données actuelles, les enfants semblent plus en sécurité que nous. Mais c’est terrifiant malgré tout. Et si mon enfant l’attrape et développe des symptômes plus graves que d’autres ? Ça me fait froid dans le dos donc avec mon mari, on a choisi de les préserver un maximum.
Rebeca: A vrai dire j’ai plus peur pour moi, peur de ne pas pouvoir m’occuper de mes enfants.

Comment vois-tu l’avenir ? 
Elsa: Je pense que la mise en place du télétravail pour la majorité serait arrivée de toute façon un jour, cette situation n’a été qu’un catalyseur à ce niveau-là. J’espère que les gens pourront trouver un nouvel équilibre travail/vie personnelle et familiale ainsi et redéfinir certaines priorités. A un niveau plus personnel, je suis reconnaissante du fait que ma fille soit encore toute petite et ne se rende pas compte de la situation et que pour elle il n’y ait que des bénéfices, car elle a ses deux parents à la maison en permanence. J’espère que lorsqu’elle sera en âge de découvrir le monde, il sera un peu meilleur.
Susan: J’ai bon espoir qu’on en tirera des leçons sur pleins de choses (système de santé, économie, etc.) mais surtout sur la priorité des choses et l’importance de profiter de chaque instant. On vit toujours dans l’urgence et on ne profite pas assez je trouve (et moi la première). Cette petite parenthèse inédite dans une vie nous fera, je l’espère, voir la vie d’une autre perspective… 
Rebeca: J’essaie de rester optimiste et de me dire que tout sera bientôt (j’espère) derrière nous..

Qu’as tu mis en place au quotidien pour que ce soit plus facile ? 
Elsa: Je suis encore en congé maternité donc pour l’instant ça va mais je reprends la semaine prochaine. Mon compagnon a déjà discuté avec son chef et les horaires vont devenir plus flexibles, car nous devrons nous relayer pour s’occuper de bébé pendant que l’autre travaille. Je sais également que mon casque bluetooth sera mon allié pendant les vidéoconférences pour me laisser libre de mes mouvements, quitte à changer une couche pendant un meeting :)Je suis aussi heureuse de pratiquer le portage avec mon bébé, ce qui me facilite grandement la vie.
Susan: On essaie un maximum de garder un rythme pour les enfants et nous même (respecter les heures de sommeil, de repas, de devoirs etc.) même si c’est pas toujours évident de s’occuper et de vivre une journée “normale”. Et je dois avouer que pour mon mari c’est très long donc j’essaie un maximum de l’aider après le boulot. 
Rebeca: Mon mari est aussi en confinement et il s’occupe, entre autres, de TOUS les repas et des courses, en plus de m’aider avec les enfants (il est plus doué que moi pour jouer aux animaux/dragons/dinosaures ;-).

Quelles activités fais-tu ? 
Elsa: Je profite de mes leçons de yoga postnatal en vidéoconférence, je fais des gâteaux (comme beaucoup de gens il semble) et je jardine, ce qui me permet de passer du temps dehors.
Susan: Comme je le disais, travaillant encore à 100% mes journées en semaine n’ont pas trop changé. Lorsque je suis à la maison en télétravail, je profite des miens (jouer, lire, écouter de la musique, etc.). J’ai repris plus de sport grâce à tous ces coachs en ligne qui font des live, entre autre 🙂
Rebeca: J’essaie de proposer des bricolages, des activités physiques et amusantes pour le plus grand mais ce n’est pas toujours simple en cette période d’imposer ce que l’on veut quand il y a un peu de sensibilité et de tensions dans l’air… En ce qui me concerne, j’essaie de lire un peu et je travaille pour maintenir une certaine routine et garder à flot mon école de danse dont on a dû suspendre tous les cours mi-mars. Plus que quelques semaines à patienter avant de pouvoir me remettre au sport…en ligne !


Merci à toutes les femmes qui ont répondu à mes questions. Nous faisons toutes comme nous pouvons avec nos ressources. Mais ensemble nous sommes plus fortes. Continuons à nous soutenir !

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